J'ai toujours trouvé à la ligne 13 une odeur de graineterie.

Ça ne tient à pas grand-chose, juste à l'odeur d’un droguiste-grainetier de mon enfance, odeur que je retrouvais à chaque fois que j’empruntais cette ligne, à peu près deux fois par jour pendant deux ans, du temps que je préparais un Deug (diplôme qui n'existe plus). Par une curieuse ironie du sort, j'ai fini par habiter à Montrouge, non loin de son terminus, à une époque où je n’allais plus à la fac de psycho. De fait, je n’ai jamais aussi peu emprunté la ligne 13 que du temps où j’habitais à Montrouge. Mais j'ai donc encore son odeur dans le nez ; et dans l'oreille, le crissement des patins de freins dans les derniers virages.

La petite place devant la sortie est en travaux en prévision de la ligne 15 à venir. Dans mon souvenir, cette place a toujours été inhospitalière, sans que je parvienne à me souvenir de ce qu'il y avait. Un parking ? Des stations de bus ? Une petite guérite de grillades ? Un simple enchevêtrement de rue ? Aucun souvenir.

Je n'aimais pas emprunter la ligne 13 pour rentrer chez moi ; disons que mes centres d'intérêt me portaient davantage à prendre la ligne 4 jusqu'à son terminus d'alors (Porte d’Orléans) puis à monter dans le 194. N’y avait-il pas une seconde ligne qui desservait l’avenue Pierre-Brossolette à l’époque ? Je crois me souvenir que j’avais le choix à la sortie du métro (mais je confonds peut-être avec les deux lignes de bus qui desservaient la N20). C'est d'ailleurs dans le 194, un soir très tard, que je me suis fait embrasser par un clochard assis en face de moi. À hauteur de la station-service, il m’avait demandé l’heure ; quelques instants plus tard, il m’avait fait signe de m'approcher. Je croyais qu'il voulait me chuchoter quelque chose, mais en réalité, il m’avait embrassé doucement la joue en me remerciant. Je m’étais contenté de sourire, mais sitôt rentré chez moi, je m’étais savonné la joue, un peu honteux de vouloir le faire avec tant d'empressement. À l’époque, qu'il y avait un passant qui déambulait sur les marges de sa psyché, il venait vers moi. Nous pouvions être un groupe de 5 ou 10 personnes, il venait vers moi.