Depuis mes 19 ans (et le départ de la maison familiale), j’ai très peu eu l’occasion d’avoir un lave-linge chez moi. Très clairement, les laveries automatiques ont occupé et occupent encore mon hebdomadaire, et je patiente dans les cafés où je me livre à de petites séances d'écriture. Mais il y a malgré tout les petits moments d'attente (fins de cycle) et de temps partagé avec mes infortunés compagnons de lavoir. Des rustres le plus souvent, il faut bien le dire, le taux de réponse aux salutations avoisinant les 10 %.

Dans celui de l’avenue Pierre-Brossolette, je rencontrais parfois une clocharde (une petite brune sans âge, coupe au carré) parfois aimable, toujours avinée, et dont l'odeur triomphait de tous les adoucissants. Mais enfin nous nous étions faits l'un à l'autre et nous échangions quelques mots pas toujours compréhensibles et un peu de monnaie - à sens unique (de mes ressources modestes vers sa pauvreté). Et puis, un jour, elle se fit un compagnon d'infortune et je les croisais parfois tous les deux. Mais il y eut une bagarre, puis une petite mare de sang au milieu du lavomatic, et après cette fâcheuse dispute, je ne les recroisais plus que séparément dans le quartier.